pensées le surtourisme et le voyage
Le surtourisme est un sujet macroéconomique, un terme manipulé par l’industrie du tourisme dans la trousse linguistique de la LTI associée.
Toutes les destinations payent pour figurer sur les listes des incontournables comme celles annoncées comme moins fréquentées qui apparaissent dans les médias dès février en prévision de l’été.
Le surtourisme est un objectif de toutes les instances administratives et politiques de toutes les destinations. Sous couvert de lamentos médiatisés se désolant de l’occupation des territoires par des hordes de touristes se cache à peine la grande satisfaction des acteurs de tous les secteurs qui béńéficient des flux du toujours plus.
“Autrement”, est un adverbe un peu fatigué synonyme de “comme ailleurs”, ou “comme tout le monde”.
Au niveau individuel du voyageur, le surtourisme est soit un non-problème, voire même une source de plaisir à être enfin dans la masse de touristes dans des quartiers touristisés, soit un problème apparemment rare sinon qu’exprimé dans des commentaires négatifs, qui demande alors lucidité et action surtout préventive. Voir des réflexions éparses sur les actions plus loin.
La médiatisation des lieux et l’appareil descriptif de marchandisation majoritaire sont la LTI du secteur appliqué aux lieux qui empêchent à dessein de se munir d’une lecture lucide des destinations et des sens du voyage.
A Kyoto, aller au Kiyomizudera et s’étonner de la foule est la preuve d’une lucidité soudaine acquise tel un choc une fois sur place, donc bien sûr trop tard.
”L’agence ne nous a pas dit qu’il fait si chaud au Japon en été”. Chose entendue.
Sur les estampes du 18e et 19e siècle montrant des sites tels que le temple Sensoji à Asakusa - Tokyo - ou certains abords de la rivière Kamogawa à Kyoto, on constate … la foule. Certaines foules sont communes et ancestrales.
Toutes les foules ne sont pas égales.
A quelques pas de la foule, souvent, il n’y en a plus.
Le surtourisme est la conséquence de la foule très localisée de touristes. Une foule n’est pas nécessairement une foule de touristes. La foule n’est pas nécessairement un problème, sauf quand elle empêche de ressentir la sensation d’y être.
Y être, c’est être dans le jus de la vie quotidienne locale. Les zones surtouristées ont perdu les acteurs de la vie quotidienne locale, résidents locaux et commerces de proximité qui subviennent au quotidien.
Le quotidien des touristes n’est pas un quotidien de résidents. C’est un quotidien de villégiature mobile globalisée.
Le touriste globalisé surconsommateur est le produit de la LTI. Il veut en être à tout prix.
Le touriste globalisé vient pour être sur la scène de la globalisation, le spectacle. La vie quotidienne locale n’est pas un spectacle d’intérêt sauf à être lisible. La vie quotidienne rendue lisible tend à devenir touristisée.
Une destination clairement intéressante au sujet de laquelle les rares commentaires datent de plusieurs années et sont essentiellement l’expression de locaux est très probalement une destination clairement intéressante. Parole de résident de longue date.
L’expérience sur le long terme est rendue suspecte, ou caduque.
Le résident de longue date épicurien des territoires familiers n’a pas à justifier ses recommandations. Donner l’adresse suffit. Il, elle doit cesser de faire l’homme, la femme-sandwich de ses préférences qui ne sont pas sujet à contre arguments ou caution.
Les voyageurs sont générationnels, leurs intérêts vrais aussi. Effacer le générationnel est une stratégie de l’industrie du tourisme pour favoriser l’intensité des flux.
Il n’est pas besoin d’atteindre la soixantaine pour deviner que TeamLab n’est pas votre truc.
Un territoire surtouristisé est un théâtre où les spectateurs circulent pour être dans les pièces qui s’y jouent, la pièce principale étant la surconsommation, la conséquence première de celle-ci étant le détournement de ce qui était authentique et a disparu, ou n’a jamais existé en ces lieux.
Ce qui est authentique est quotidien pour les locaux. Mais quand ce quotidien des locaux est crée par des acteurs globalisés déconnectés du passé, il devient identique au quotidien des visiteurs de passage, ce qui souvent les ravit. La gentrification est le scénario type.
”La part de gâteau au chocolat était trop petite!” Remontrance lue au sujet d’un gâteau au chocolat dans le village surtouristisé de Shirakawa-go où personne ne mangeait de gâteau au chocolat il y a trente ans, et jusqu’à aujourd’hui,
Un food-court généralement a remplacé un marché par l’illusion d’un marché destiné à une clientèle surtout de passage gorgée d’images de la cuisine comme performance et produits artisanaux à la chaîne.
Nishiki-dori à Kyoto n’est plus depuis longtemps un marché mais un food-court le long d’une étroite galerie couverte, c’est à dire un parc d’attraction sur le thème de la gastronomie surfacturée et peu ou pas locale.
Kuromon-Ichiba à Osaka est l’équivalent de Nishiki-dori à Kyoto mais avec des allées larges.
Les produits telle la brochette de wagyu qui facilite le selfie sont des mises en scène donc théâtrales et détournements ou pures inventions de manières de consommer sans aucun lien avec les coutumes locales. On peut bien sûr être indifférent à ces coutumes.
A Nishiki-dori, on ne trouve presque plus de commerces de proximité, un peu plus à Tsukiji.
Recommander de visiter le marché de Toyosu vous rend suspect d’être payé pour la recommandation.
L’opinion foncièrement positive ou négative de quelqu’un de passage n’a aucune valeur. Elle est la seule valeur considérée comme valide, surtout et avant tout l’opinion positive.
La foule exemplifie le fait que majoritairement, elle se fout de l’authenticité, ce qui est mission accomplie pour l’industrie du tourisme, d’autant plus là où il n’y a rien d’authentique.
L’authenticité, c’est quand on y est bien. Alors tout devient authentique.
Deux conditions pour faire d’une destination qui n’était pas une destination : un parking, une narration.
Deux autres : une boutique de souvenirs fabriqués ailleurs, un comptoir à matcha latté.
La foule est la preuve du succès, le garant des paiements de commissions et des gains d’investisseurs.
Le touriste standard sait ce qu’il veut, mais ne sait que très rarement ce qu’il ne veut pas. Souvent, il ne sait ni l’un ni l’autre. Ce qui n’est pas une condamnation.
Avec le suivisme, savoir ce que l’on veut n’est pas une condition du voyage.
Vouloir suivre est un comportement qui date de longtemps. C’est assumer ce comportement qui est sans doute contemporain. L’assumer est la preuve de l’efficacité de la LTI du tourisme.
Quand un restaurant haut de gamme de Gion a remplacé dans le menu le poisson grillé mariné fermenté saikyozuké par du poisson pâné, une plainte doit être déposée.
Passer dans le goulet de Pontocho à Kyoto après 18h est une véritable prise de risque. Y passer avant est intéressant.
L’idée du microtourisme, insinué et manipulé par la frange de l’industrie du tourisme durant le covid, a disparu de la scène du spectacle une fois les restrictions levées. Il est un indice du voyager différement.
La vie quotidienne pas ou peu globalisée est le vecteur principal d’une approche différente du voyage en voyage.
Il n’existe pas de guide de la vie quotidienne à destination. Seules existent des ouvrages sur la vie quotidienne d’autrefois. On fera exception du livre “ The Politics of Washing: Real Life in Venice”, autrice Polly Coles, 2014, qui reste sans équivalent, et sans surprise.
Dans la même veine, l’attrait continu de Nicolas Bouvier sur le Japon réside dans ses écrits qui parlent de son quotidien au Japon.
Dans une rue commerçante japonaise standard, rue très verbeuse avec quantité de messages écrits, si vous ne lisez pas le japonais, 80% de ce qui s’y trouve va vous passer au-dessus de la tête. Manière de faire face, entrer dans tous les commerces.
Les touristes font du lèche-vitrine et ne pénètrent rarement au Japon dans les commerces traditionnels qui ne leur parlent pas. Ceux-ci n’ont pas vocation à leur parler. Ne pas y entrer pour voir est une perte d’opportunités.
Il y a plein de monde à Kyoto, sauf là où il n’y en a pas.
Il y a plein de monde à Tokyo, sauf là où il n’y en a pas.
Il n’y a aucune raison d’aller à Fukuoka, sauf à en trouver une.
Idem pour Nagoya.
”L’architecture des bâtiments à Nagoya est différente”. Chose entendue.
Connaître quelqu’un à destination rend toute destination valide.
Entre Osaka et Kobé, s’il faut choisir, il n’y a pas photo. Vous argumenterez sur cinq pages maximum. ChatGPT ou les guides dont il est nourri ne vous seront d’aucune aide. Je ramasse les copies dans une heure et demie.
Les stratégies pour ressentir le quotidien à destination doivent inclure des éléments de votre quotidien. Si vous êtes lectrices, lecteurs, ne pas venir avec des livres est une faute. Idem pour le tricot. Acheter la laine sur place.
Y être, c’est par exemple y performer une dimension de son quotidien à soi. Lire à Tokyo, tricoter à Kyoto.
Stendhal juste débarqué à Milan va au théâtre.
Les voyageurs passent une grande partie de leur temps en mode mobile. Quand questionnés sur les moments phares de leur voyage, c’est invariablement des situations statiques qui sont évoquées avec nostalgie.
Si 25 000 pas en fin de journée, c’est que vous avez traversé sur 10 000 pas des territoires qui méritent d’être zappés.
La grammaire des quartiers des villes japonaises n’est pas neo-hausmanienne.
Toutes les destinations payent pour figurer sur les listes des incontournables comme celles annoncées comme moins fréquentées qui apparaissent dans les médias dès février en prévision de l’été.
Le surtourisme est un objectif de toutes les instances administratives et politiques de toutes les destinations. Sous couvert de lamentos médiatisés se désolant de l’occupation des territoires par des hordes de touristes se cache à peine la grande satisfaction des acteurs de tous les secteurs qui béńéficient des flux du toujours plus.
“Autrement”, est un adverbe un peu fatigué synonyme de “comme ailleurs”, ou “comme tout le monde”.
Au niveau individuel du voyageur, le surtourisme est soit un non-problème, voire même une source de plaisir à être enfin dans la masse de touristes dans des quartiers touristisés, soit un problème apparemment rare sinon qu’exprimé dans des commentaires négatifs, qui demande alors lucidité et action surtout préventive. Voir des réflexions éparses sur les actions plus loin.
La médiatisation des lieux et l’appareil descriptif de marchandisation majoritaire sont la LTI du secteur appliqué aux lieux qui empêchent à dessein de se munir d’une lecture lucide des destinations et des sens du voyage.
A Kyoto, aller au Kiyomizudera et s’étonner de la foule est la preuve d’une lucidité soudaine acquise tel un choc une fois sur place, donc bien sûr trop tard.
”L’agence ne nous a pas dit qu’il fait si chaud au Japon en été”. Chose entendue.
Sur les estampes du 18e et 19e siècle montrant des sites tels que le temple Sensoji à Asakusa - Tokyo - ou certains abords de la rivière Kamogawa à Kyoto, on constate … la foule. Certaines foules sont communes et ancestrales.
Toutes les foules ne sont pas égales.
A quelques pas de la foule, souvent, il n’y en a plus.
Le surtourisme est la conséquence de la foule très localisée de touristes. Une foule n’est pas nécessairement une foule de touristes. La foule n’est pas nécessairement un problème, sauf quand elle empêche de ressentir la sensation d’y être.
Y être, c’est être dans le jus de la vie quotidienne locale. Les zones surtouristées ont perdu les acteurs de la vie quotidienne locale, résidents locaux et commerces de proximité qui subviennent au quotidien.
Le quotidien des touristes n’est pas un quotidien de résidents. C’est un quotidien de villégiature mobile globalisée.
Le touriste globalisé surconsommateur est le produit de la LTI. Il veut en être à tout prix.
Le touriste globalisé vient pour être sur la scène de la globalisation, le spectacle. La vie quotidienne locale n’est pas un spectacle d’intérêt sauf à être lisible. La vie quotidienne rendue lisible tend à devenir touristisée.
Une destination clairement intéressante au sujet de laquelle les rares commentaires datent de plusieurs années et sont essentiellement l’expression de locaux est très probalement une destination clairement intéressante. Parole de résident de longue date.
L’expérience sur le long terme est rendue suspecte, ou caduque.
Le résident de longue date épicurien des territoires familiers n’a pas à justifier ses recommandations. Donner l’adresse suffit. Il, elle doit cesser de faire l’homme, la femme-sandwich de ses préférences qui ne sont pas sujet à contre arguments ou caution.
Les voyageurs sont générationnels, leurs intérêts vrais aussi. Effacer le générationnel est une stratégie de l’industrie du tourisme pour favoriser l’intensité des flux.
Il n’est pas besoin d’atteindre la soixantaine pour deviner que TeamLab n’est pas votre truc.
Un territoire surtouristisé est un théâtre où les spectateurs circulent pour être dans les pièces qui s’y jouent, la pièce principale étant la surconsommation, la conséquence première de celle-ci étant le détournement de ce qui était authentique et a disparu, ou n’a jamais existé en ces lieux.
Ce qui est authentique est quotidien pour les locaux. Mais quand ce quotidien des locaux est crée par des acteurs globalisés déconnectés du passé, il devient identique au quotidien des visiteurs de passage, ce qui souvent les ravit. La gentrification est le scénario type.
”La part de gâteau au chocolat était trop petite!” Remontrance lue au sujet d’un gâteau au chocolat dans le village surtouristisé de Shirakawa-go où personne ne mangeait de gâteau au chocolat il y a trente ans, et jusqu’à aujourd’hui,
Un food-court généralement a remplacé un marché par l’illusion d’un marché destiné à une clientèle surtout de passage gorgée d’images de la cuisine comme performance et produits artisanaux à la chaîne.
Nishiki-dori à Kyoto n’est plus depuis longtemps un marché mais un food-court le long d’une étroite galerie couverte, c’est à dire un parc d’attraction sur le thème de la gastronomie surfacturée et peu ou pas locale.
Kuromon-Ichiba à Osaka est l’équivalent de Nishiki-dori à Kyoto mais avec des allées larges.
Les produits telle la brochette de wagyu qui facilite le selfie sont des mises en scène donc théâtrales et détournements ou pures inventions de manières de consommer sans aucun lien avec les coutumes locales. On peut bien sûr être indifférent à ces coutumes.
A Nishiki-dori, on ne trouve presque plus de commerces de proximité, un peu plus à Tsukiji.
Recommander de visiter le marché de Toyosu vous rend suspect d’être payé pour la recommandation.
L’opinion foncièrement positive ou négative de quelqu’un de passage n’a aucune valeur. Elle est la seule valeur considérée comme valide, surtout et avant tout l’opinion positive.
La foule exemplifie le fait que majoritairement, elle se fout de l’authenticité, ce qui est mission accomplie pour l’industrie du tourisme, d’autant plus là où il n’y a rien d’authentique.
L’authenticité, c’est quand on y est bien. Alors tout devient authentique.
Deux conditions pour faire d’une destination qui n’était pas une destination : un parking, une narration.
Deux autres : une boutique de souvenirs fabriqués ailleurs, un comptoir à matcha latté.
La foule est la preuve du succès, le garant des paiements de commissions et des gains d’investisseurs.
Le touriste standard sait ce qu’il veut, mais ne sait que très rarement ce qu’il ne veut pas. Souvent, il ne sait ni l’un ni l’autre. Ce qui n’est pas une condamnation.
Avec le suivisme, savoir ce que l’on veut n’est pas une condition du voyage.
Vouloir suivre est un comportement qui date de longtemps. C’est assumer ce comportement qui est sans doute contemporain. L’assumer est la preuve de l’efficacité de la LTI du tourisme.
Quand un restaurant haut de gamme de Gion a remplacé dans le menu le poisson grillé mariné fermenté saikyozuké par du poisson pâné, une plainte doit être déposée.
Passer dans le goulet de Pontocho à Kyoto après 18h est une véritable prise de risque. Y passer avant est intéressant.
L’idée du microtourisme, insinué et manipulé par la frange de l’industrie du tourisme durant le covid, a disparu de la scène du spectacle une fois les restrictions levées. Il est un indice du voyager différement.
La vie quotidienne pas ou peu globalisée est le vecteur principal d’une approche différente du voyage en voyage.
Il n’existe pas de guide de la vie quotidienne à destination. Seules existent des ouvrages sur la vie quotidienne d’autrefois. On fera exception du livre “ The Politics of Washing: Real Life in Venice”, autrice Polly Coles, 2014, qui reste sans équivalent, et sans surprise.
Dans la même veine, l’attrait continu de Nicolas Bouvier sur le Japon réside dans ses écrits qui parlent de son quotidien au Japon.
Dans une rue commerçante japonaise standard, rue très verbeuse avec quantité de messages écrits, si vous ne lisez pas le japonais, 80% de ce qui s’y trouve va vous passer au-dessus de la tête. Manière de faire face, entrer dans tous les commerces.
Les touristes font du lèche-vitrine et ne pénètrent rarement au Japon dans les commerces traditionnels qui ne leur parlent pas. Ceux-ci n’ont pas vocation à leur parler. Ne pas y entrer pour voir est une perte d’opportunités.
Il y a plein de monde à Kyoto, sauf là où il n’y en a pas.
Il y a plein de monde à Tokyo, sauf là où il n’y en a pas.
Il n’y a aucune raison d’aller à Fukuoka, sauf à en trouver une.
Idem pour Nagoya.
”L’architecture des bâtiments à Nagoya est différente”. Chose entendue.
Connaître quelqu’un à destination rend toute destination valide.
Entre Osaka et Kobé, s’il faut choisir, il n’y a pas photo. Vous argumenterez sur cinq pages maximum. ChatGPT ou les guides dont il est nourri ne vous seront d’aucune aide. Je ramasse les copies dans une heure et demie.
Les stratégies pour ressentir le quotidien à destination doivent inclure des éléments de votre quotidien. Si vous êtes lectrices, lecteurs, ne pas venir avec des livres est une faute. Idem pour le tricot. Acheter la laine sur place.
Y être, c’est par exemple y performer une dimension de son quotidien à soi. Lire à Tokyo, tricoter à Kyoto.
Stendhal juste débarqué à Milan va au théâtre.
Les voyageurs passent une grande partie de leur temps en mode mobile. Quand questionnés sur les moments phares de leur voyage, c’est invariablement des situations statiques qui sont évoquées avec nostalgie.
Si 25 000 pas en fin de journée, c’est que vous avez traversé sur 10 000 pas des territoires qui méritent d’être zappés.
La grammaire des quartiers des villes japonaises n’est pas neo-hausmanienne.